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di Alberto Arecchi
PLANIFICATION DU TERRITOIRE ET PARTICIPATION POPULAIRE EN AFRIQUE


La gestion du territoire, en Afrique, est une tâche qui décourage toutes velléités de planification centralisée. Sous tous les régimes, qu’ils soient centralistes, socialistes, anarchistes, autoritaires ou se rappelant de la participation démocra­tique, la coordination des différentes in­terventions ayant pour objectif le déve­loppement apparait comme une opération sans espoir.
Villes‑capitales qui poussent comme des champignons, économies nationales qui échappent aux paramètres de l’économie occidentale, grands projets de développement agricole qui éclatent comme des bulles de savon: c’est le panorama d’un continent où, trop souvent, aujourd’hui, la politique de coopération et d’aide au développement n’est que le prolongement de la pénétration économique des multi‑nationales.


LA CROISSANCE URBAINE
Nées de ports ou de centres miniers de l’ère coloniale qui drainaient les produits locaux et les expédiaient en Europe, les capitales africaines d’aujourd’hui continuent d’étre des corps étrangers par rapport à leur hinterland. Leurs allures de métropoles attirent la majorité des fonctionnaires, des bureaucrates, de l’intelligentsia des nouveaux Etats et constituent un mirage pour les masses paysannes. La tendance à l’exode rural est très forte, car la vie sociale et la production dans les campagnes n’ont pas connu d’évolution significative au cours des annees, tandis que la croissance urbaine a suivi une courbe exponentielle.
La restructuration du secteur agricole pour la production intérieure, en vue d’une autosuffisance alimentaire ne connaít que très peu de succès; elle est contrariée par beaucoup de fonctionnaires et les budgets sont insuffisants pour les exigences des ruraux, méme dans les pays ‑ comme le Mozambique, la Tanzanie ou l’Algérie ‑ se donnant comme objectif de promouvoir une véritable “révolution agraire”.
Les ressources sont concentrées à 85%, sinon plus, dans les zones urbaines. C’est ainsi que, depuis les indépendances, le hiatus déià existant entre les capitales héritées de la colonisation et les campagnes a atteint les dimensions d’un gouffre. Les villes appartiennent au monde moderne, même si l’on tient compte de l’opposition entre centres et banlieues, entre le monde du tourisme et des affaires et le monde “informel” des petits métiers irréguliers. La campagne, au contraire, vit encore à une ere différente. Ces deux mondes coexistent, et cela provoque f’exode rural et l’urbanisation, comme deux phénomènes ‑ naturels et irréversibles.

L’AUTOPLANIFICATION
En Afrique ‑ comme ailleurs – quelques communautés agricoles, quelques quar­tiers urbains réussissent à “cooperer avec les coopérants”, en intervenant di­rectement et collectivement sur les choix et fes projets concernant leur environne­ment. Certes il s’agit encore ‑ bien en­-deça d’un modèle alternatil ‑ d’ex­périences limitées aux déséquilibres so­cio‑territoriaux produits par les politiques neo‑coloniales. Néanmoins, un réseau de liaisons entre ces expériences peut provoquer des échanges et faire sortir ces réalités de base de leur isolement.
A un niveau théorique, une certaine philosophie considère les marginaux comme étant les véritables protaganistes de la nouvelle société. L’émancipation conviviale d’Ivan Illich se conjugue parfois avec les efforts pragmatistes de certains projets des Nations Unies ou d’autres organisations internationales. Les plus intéressants de ces projets sont ceux qui mettent en oeuvre la participatíon en milieu rural, parce qu’ils puisent à la racine des problèmes; mais ce sont aussi les projets les plus difficiles à coordonner, les plus réfractaires aux évaluations et aux généralisations de tout genre.
Trop souvent, les échanges culturels concernant l’animation rurale accordent plus d’importance aux agents extérieurs qu’à la mobilisation spontanee. Le coopérant étranger est parfois réellement le catalyseur de l’action mais, plus fréquemment, la raison de la meilleure diffusion des expériences guidées n’est due qu’à la maîtrise par le coopérant d’une langue véhiculaire occidentale, à sa connaissance des médias qui touchent les experts, voire des meilleurs instruments pour faire connaitre les actions les plus intéressantes ou les plus novatrices.
Ainsi, au Sénégal, des groupes de jeunes qu’on pourrait definir comme des intellectuels commencent à retourner à la campagne, pour réhabiliter les cultures de leurs grand‑pères et tenter des expériences de coopération agricole, par l’emploi de technologies douces, dans le cadre de l’éco‑développement. Dans ces cas le coopérant étranger est remis à sa véritable place: il perd ce róle de deus-ex-machina que trop souvent il semble jouer dans les projets ruraux. D’ailleurs, pour ce qui concerne les opérations de réhabilitation et d’aménagement des banlieues urbaines, il ne faut jamais oublier que chaque bidonville assaini attire des nouveaux habitants vers la ville, augmentant l’exode rural et aggravant le déséquilibre social.

LA PARTICIPATION POPULAIRE
Les formes de la participation peuvent être diverses: elles suivent trois filières principales. La première est la lutte organisée, dans des situations d’extrème nécessité (les habitants des périphéries urbaines ou les paysans des latifundias) contre les pouvoirs publics. En Amérique Latine ce type de lutte mène à l’organisation de véritables “contre‑pouvoirs”, surtout dans les banlieues des villes. Mais, en Afrique, une telle forme d’agrégation est difficile, à cause des mélanges et des brassages ethniques, culturels et religieux des habitants urbains.
L’agrégation est plus facile dans les campagnes, dans le tissu social des villages. C’est à ces formes de participation qu’on a fait appel dans le “socialisme africain” pour les encadrer dans un modèle de nouvelle société, à l’instar de l’expérience chinoise. Les villages communautaires de la Tanzanie ou du Mozambique, les “fokonoloma” malgaches, représentent désormais des modèles proposés à toute l’Afríque, pour l’autosuffisance alimentaire, énergétique et productive.
La “participation guidée” est la deuxième filière. Dans les régimes philo-occidentaux elle est plutôt sollicitée per les agences internationales ou par les coopérations bilatérales que per les gouvernements eux‑mêmes.
La troisième voie est la “participation forcée”, que des régimes soi‑disant progressistes imposent. C’est une forme dépravée de participation guidée. En Somalie, par exemple, dans les années’70, les femmes des quartiers de Muqdisho ‑ la capitale – étaient organisées en brigades de corvée, à balayer les rues pendant les journées de fête. En Tanzanie, en 1974, l’accélération forcée de la “villagisation” a engendré des résistances, parfois notables de la part des paysans.

LES O.N.G. DU TIERS‑MONDE
Dans l’aire démocratique, des O.N.G. locales interviennent à la base, récupérant les situations que l’action gouvernementale et publique ignore, ou n’a pas les moyens (ou la volonté) de prendre en charge.
Cette présence entraine quelques questions relatives à la philosophie du développement. La prolifération des organisations de coopération et des divers canaux permettant de financer des petits projets crée une espèce de “course aux communautés de base”, et plusieurs groupes européens (ou du monde industriel) se font concurrence pour financer des hôpitaux, des centres communautaires ou d’autres équipements, qui parfois se révèlent inutiles ou inutilisables.
D’ailleurs, des projets nés en dehors de tout engagement des structures étatiques locales peuvent offrir des alibis à l’incapacité ‑ et parfois à la corruption ‑ des pouvoirs publics. Certains équipements, tels que les équipements scolaires ou sanitaires, certains aspects de la structure productive ne pourraient pas exister en regime de complète autogestion, sans aucun engagement de l’appareil d’Etat. Seule une participation correcte où chaque partenaires joue son rôle (les O.N.G., les groupements de base et les structures publiques), permettra des résultats durables. En outre, il y a des O.N.G. du Tiers­-Monde qui admettent mal les rapports entre coopération et auto‑suffisance: “Du Nord, c’est l’argent qu’il nous faut - affirment‑elles - et non les compétences techniques au le personnel”. Or, au contraire, l’échange culturel et la présence de coopérants des pays industriels peuvent étre des stimulateurs et des catalyseurs pour plusieurs réalités africaines, que la situation politico‑administrative et les habitudes néo‑coloniales post-indépendance ont conduit à la paralysie. En même temps, un flux à double‑sens serait nécessaire pour mieux informer le public européen sur les problèmes du Tiers‑Monde et pour pouvoir rentabiliser certaines expériences, lors du retour des coopérants chez eux. Quelques exemples: des techniciens ayant abordé les problèmes de la sécheresse ou des énergies alternatives seront mieux aptes à voir sous un angle plus ouvert la pianification des ressources dans une région comme l’Europe, ou, apparemment, l’eau et l’énergie ne sont pas encore des biens rares, ou l’autoconstructíon, phénomène de toujours dans les campagnes européennes: l’encadrement et l’aide prêtés aux autoconstructeurs pourraient améliorer la structure et le fonctionnement de nos propres initiatives en matière dd’habitat social.
Une évaluation des O.N.G. africaines, ou plus en général du Tiers‑Monde, est difficile. Elles interviennent comme des agences soumissionnaires des aides internationales et font preuve d’une efficacité peu commune dans les structures publiques, en gérant avec souplesse des petits projets en dehors de toutes les entraves bureaucratiques. En fait, les conditions méme de leur présence et de la continuité de leur action tiennent au mauvais fonctionnement des administrations publiques.
Un organisme plus efficace que l’Etat pour stimuler la participation populaire et réaliser rapidement des actions à faible prix de revient demandant un important investissement humain, finit fatalement


‑ soit par constituer une alternative politique à un appareil public corrompu et inefficace (c’est le cas des mobilisations à la base en Amérique Latine, mème quand elles sont issues d’idées humanitaires ou réformistes),

‑ soit par se transformer en instrument d’intervention contrôlé et inséré dans les programmes sociaux gouvernementaux (condition indispensable dans des pays fortement centralisés, par exemple le Mozambique),

‑ soit par remplacer des structures publiques inefficaces et néo‑coloniales, sans pour autant remettre en cause leur légitimité, mais au contraire en camouflant leurs carences et en justifiant leur survivance dans le cadre d’une tolérance mutuelle.

Cette dernière situation est celle da plusieurs pays d’Afrique, par exemple la Somalie, où la persístance da l’assistance internationale, avec tous ses mécanismes de dépendance, est devenue la première ressource budgétaire des Etats. Les structures étatiques da ces régimes sont devenues plus des machines à redistribuer l’aide étrangère qua des moyens de gestion des affaires publiques. Dans de tels cas la stimulation à la participation populaire devient une forme d’exploitation des couches les plus sous-développées, là où l’argent ínternational coule à flots. Le financement da la coopération est demandé pour de grandes opérations (périmètres irrigués, protection de l’environnement, plans à l’échelle territoriale), tandis que les gens sont invités et même mobilisés pour résoudre eux‑mêmes les petits problèmes: assainissement et hygiène, puisage de l’eau, modifications de l’agriculture pour assurer l’auto‑suffisance alimentaire, etc...
Les gens commencent alors à se méfier des mots d’ordre d’entraide, quand ils voient tous les jours beaucoup d’argent qui passe au‑dessus de leurs têtes et s’engouffre dans les poches des fonctionnaires ou n’apporte pas de résultats d’utilité générale. Quand les petits projets invitent à l’auto‑construction et à la participation directe. les groupes et les communautés de base les plus sensibles, exigent alors aussi l’autogestion du financement extérieur et ne se contentent pas d’un volontariat “les yeux fermés”. C’est une réponse politique bien precise aux accusations de sous‑déveveloppement et de corruption que ‑ trop souvent ‑ les pays bailleurs de fonds adressent sans discrimination à la société africaine en général. Le vrai problème est une question politique, pas une question d’assistance, il provoque une crise de rôle des “institutions intermédiaires”, telles que les O.N.G. pour lesquelles coopérer consiste en une invitation au volontariat adressée à la population, mais pas une proposition de responsabilité partagée.

QUELLE AIDE AU DEVELOPPEMENT?
Un ensemble da situations héritées et de divers interprètes du développement a pour conséquence que l’exploitation par la ville de l’hinterland et de la société africaine se perpetue et se reproduit. Il faudrait, pour en sortir, renverser le mécanisme de gestion tout entier des aides de coopération. Il faut évidemment que tout changement soit accepté, élaboré et relancé comme une inítiative propre, par la population, et que les gens eux‑mêmes sachent continuer à gérer les innovations technologiques, après le départ des coopérants.
Il arrive aussi souvent que des actíons trop sectorielles provoquent des distorsions dans les systèmes de vie, dans l’ordre social local ou dans l’équilibre écologique.
Citons quelques exemples. Une pompe qui devrait alléger le tra­vail ménager, peut provoquer, par sa seule existence, une augmentation des consommations d’eau allant jusqu’au gaspillage et même à l’épuisement des réserves d’eau (nappes phréatiques ou réservoirs). L’introduction de semences sélectionnées peut conditionner la production agricole à l’usage da pesticides et d’engrais chimiques, entrainant des alterations écologiques et contraignant les paysans à dépendre du marché des multi‑nationales (c’est le cas de la Casamance, région du Sénégal où certaines “agences de développement” ont essayé d’introduire des nouvelles qualités de riz sélectionné, génétiquement modifié et sterile). Les grands barrages, qui voudraient canaliser l’investissement étranger vers des ouvrages destinés à freiner l’exode rural, provoquent la création de grands appareils bureaucratiques pour la gestion et la distribution des eaux, expulsent les paysans de leurs terroirs pour les transformer en “attributaires” d’une parcelle arrosée (c’est‑à‑dire assistés) et altèrent souvent l’équilibre écologique de vallées entières.
Toutes ces raisons font qu’un développement équilibré ne peut venir que de la collaboration de la population, des techniciens et experts et des autorités publiques.

LE RÔLE DU TECHNICIEN
Evidemment, un technicien engagé pour un modèle de développement autogéré a un rôle différent de celui qui élabore des plans de type conventionnel. La nécessité de prêter attention aux vrais besoins ai aux disponibilités des gens locaux change radicalement les conditions de travail. Chaque projet naît lentement, non seulement par l’application de notions techniques, mais par des révisions et des discussions renouvelées. Le projet, condition jadis préliminaire à l’action, devient une opération extrèmement souple et pragmatique, et le technicien se transforme en coordinateur d’un processus qui concerne tout le monde. Deux nécessités apparaissent: la soumission aux conditions locales pour permettre la gestion et l’entretien des ouvrages avec le minimum possible d’éléments importés, et la formation d’artisans et de techniciens intermédiaires, capables d’applíquer et de diffuser les améliorations à une petite échelle. Tout ceci demande aux coopérants et aux programmes de coopération une totale disponibilité ai une soupiesse bien différente de celle qui est usuelle dans les rapports professionnels habituels.

LES DANGERS ET LES LIMITES
Tout projet de planification autocentrée et “au ras du sol” est confronté aux exigences commerciales de ceux qui voudraient fournir à l’Afrique (ou plus généralement au Tiers‑Monde) des établissements “clés en main” réalisés presque exclusivement par du personnel expatrié, créant dans le pays assisté une dépendance technologique permanente pour la gestion et l’entretien da ces “cadeaux”. Mais il y a aussi un “colonialisme des idées”. Nombre de programmes de coopération se fondent sur une présence de professeurs universitaires ai sont étudiés d’une façon qui entraine l’exportation de schémas culturels et idéologiques de notre société européenne, sans les soumettre à la moindre vérification. Des projets qui se fondent sur les meilleures intentions peuvent aussi se tromper dans l’évaluation des besoins. Un exemple est donné par l’ADAUA, Association internationale d’Architecture qui opère dans le domaine de l’auto‑construction. A Mont‑Rolland, au Sénégal, ils ont réalisé un beau centre communautaire de village; il est utilisé comme dépotoir d’ordures et magasin d’instruments agricoles. Les paysans, qui avaient déjà leur propre centre communautaire dans la proche mission catholique, n’ont pas voulu décevoir ces architectes si gentils qui voulaient à tout prix leur construire quelque chose...

CONCLUSIONS
On peut espérer deux choses des projets de développement: soit qu’ils aident les populations les plus démunies, soit qu’ils poursuivent une stratégie bíen precise pour vaincre les conditions du sous‑développement. Ces deux espérances, ces deux objectifs, coincident rarement: souvent, dans le cas des situations les plus désastreuses, l’aide aux groupes sociaux qui sont à la limite de la survie n’est qu’une rémission qui fait passer les moments difficiles, mais ne contribue pas à changer les bases de la dépendance. La stratégie qui peut délivrer de ces entraves passe par la formation de capacités techniques et d’instruments da production au niveau local, d’une manière de plus en plus autonome, consciente et participante. Pour développer ces programmes à l’échelle du continent africain, un énorme effort de coordination sera nécessaire et il faudra beaucoup de lucidité de la part des gouvernements et des responsables politiques. Mais une grande responsabilité retombe aussi sur les structures de coopération des pays développés, parmi lesquelles un débat large et sérieux sur la signification et sur les objectifs de la coopération internationale reste encore à faire démarrer ou, au moins, à être entendu à toutes les forces et aux organisations populaires, à tous les niveaux.

Aménagement et Nature, Paris, n. 76, hiver 1984-85, pp. 14-16.


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